HISTOIRE
FOCUS SUR LE BRÉSIL

>> LES PEUPLES AMÉRINDIENS

Les anthropologues supposent, même si leur estimation demeure l'objet de controverses, qu'il y a près de 30.000 ans, des tribus nomades d'Asie pénétrèrent le continent américain par le détroit de Béring. Elles vivaient de chasse et de cueillette, et suivaient les migrations des animaux. Une fois arrivées en Alaska, elles se déplacèrent vers le sud et les climats plus chauds, atteignirent le bassin amazonien il y a près de 12.000 ans, et de là, se dispersèrent. On estime que deux à quatre millions d'Indiens au sein de 1.000 tribus différentes vivaient dans l'actuel Brésil lors de sa découverte par les Européens.

>> ET L'ON SE PARTAGEA LE NOUVEAU MONDE

Pour mettre fin aux conflits entre Portugais et Espagnols, le Pape Alexandre VI imposa la signature du Traité de Tordesillas en 1494. On traça une ligne imaginaire, un méridien nord-sud, à 370 lieues (1770 kms) à l'ouest du Cap-Vert. La frontière coupait l'Amérique du Sud en deux de telle façon que l'Espagne récupéra les riches Pérou et Bolivie. Tout était à l'avantage des Espagnols. Mais, revers de l'Histoire, le Brésil fut découvert 7 ans plus tard et tomba de fait sous souveraineté portugaise. Bien que le Traité de Tordessilas formalisait la répartition du Nouveau Monde au bénéfice exclusif de l'Espagne et le Portugal, les autres puissances européennes, comme la France et la Hollande, ne furent pas pour autant découragés pour se rendre en Amérique du Sud.

Vasco da Gama
Vasco da Gama
Pedro Álvares Cabral
Pedro Álvares Cabral
carte du Brésil en 1519
carte du Brésil en 1519

>> LA DÉCOUVERTE DU BRÉSIL ET LE BOIS DE BRAISE

Pedro Alvares Cabral (Bemonte 1467 - Santarém 1520)  fut chargé par le Roi du Portugal Dom Manuel 1er (Alcochete 1469 - Lisbonne 1521) de poursuivre l'oeuvre du navigateur Vasco de Gama (Sines 1460 - 1524 Cochin, Indes), qui est considéré comme le premier européen à avoir atteint les Indes par la voie des mers en contournant l'Afrique. Pedro Álvares Cabral appareilla de Lisbonne pour l'Inde en 1500, avec 13 vaisseaux et 1200 hommes. Le 22 avril 1500, les bateaux portugais débarquèrent sur la côte nord-est du Brésil et parvenirent dans l'actuel Porto Seguro. Les représentants du Roi du Portugal appelèrent ce territoire "Terra da Vera Cruz" (la Terre de la Vraie Croix), qui sera le premier nom donné au Brésil.

Puis, c'est le pau brasil qui suscitera notamment l'intérêt des Français à l'égard des terres brésiliennes. Les drapiers et les tisserands avaient besoin de ce bois pour la teinte rouge que l'on en extrayait. Dès l'année 1503, un navire français accosta au Brésil et des contacts furent établis avec les populations locales. En 1531, une expédition d'une centaine d'hommes tenta de s'implanter près de l'actuel Recife, sur l'île Saint-Alexis (Ilha Santo Aleixo), où ils construisirent un fort et établir un comptoir. Ils furent chassés par les Portugais après quelques mois. 

La  découverte du Brésil - Cabral
La découverte du Brésil - Cabral
Premier débarquement de Cabral
Premier débarquement de Cabral
>> LA COLONISATION DU PORTUGAL

En 1531, le Roi du Portugal Jean III envoya les premiers colons au Brésil sous le commandement de Martim Afonso de Sousa (1530-1533). Après avoir exploré la côte, il choisit d'implanter sa petite colonie à São Vicente, près de l'actuel port de Santos (São Paulo). L'exploration de nouvelles terres et l'exploitation du Brésil commencèrent. Après le commerce du bois-brésil aux propriétés tinctoriales qui aurait donné son nom au pays, la culture de la canne à sucre a débuté en 1532. L'intérêt porté par le Roi Jean III aux Indes Orientales le fait négliger sa possession brésilienne jusqu'au milieu du 16ième siècle, confiée à des grands seigneurs, les capitaines-donateurs. Ces derniers adminsitrent 12 capitaineries de 180 à 600 kms de façade maritime et distribuent aux colons des terres en échange du paiement d'impôts et d'aide militaire. Ces concessions formeront de vastes domaines sucriers. 

Comprenant enfin la valeur du Brésil, le roi Jean III décida de nommer Tomé de Sousa, à la tête des capitaines-donataires, en tant que 1er gouverneur du Brésil en 1549, afin de maintenir solidement la cohésion des groupes de colons éparpillés le long des côtes. Bien que les Indiens aient récemment chassé les Portugais de la Région, la Baía de todos os Santos (Baie de Tous les Saints) fut choisie pour implanter le siége de la nouvelle administration coloniale. Dix navires et 1000 colons arrivèrent sains et saufs : officiels portugais, soldats, prisonniers exilés, nouveaux chrétiens (juifs convertis), ainsi que les six premiers prêtres jésuites. Un site surélevé fut choisi pour bâtir Salvador de Bahia, la capitale du Brésil portugais de 1549 jusqu'en 1763.

>> LES RIVALITÉS EUROPÉENNES

Cette gouvernance et cette politique de centralisation permet de repousser les tentatives d'installations des Français de Villegaignon dans la baie de Guanabara (1555-1560) et de La Ravardière à São Luís de Maranhão (1594-1615). Pour prévenir de nouvelles tentatives, les Portugais construisirent de nouvelles forteresses côtières : Rio de Janeiro (1565), Fortaleza (1609). Pourtant, les Néerlandais parvinrent à s'emparer de Bahia en 1624 et de Pernambuco en 1630, ils contrôlèrent une région essentielle du Nordeste allant de Sergipe au Maranhão et fondèrent la Nouvelle-Hollande. Grâce à leur supériorité sur les mers, ils s'emparèrent par ailleurs d'une partie de l'Angola portugais, où ils capturèrent des esclaves pour leur nouvelle colonie. En 1637, le prince Maurice de Nassau devint le 1er gouverneur de la Nouvelle-Hollande. En 1644, les Portugais s'engagèrent dans une guerre de 10 ans et repoussèrent les Hollandais jusqu'à Recife. Puis, les Hollandais se rendèrent en 1654, marquant ainsi la fin de la présence hollandaise au Brésil.

>> L'ÈRE DU SUCRE ET DES ESCLAVES

La colonie à la population clairsemée, qui allait couvrir la moitié d'un continent, vivait déjà au début du 17ième siècle de ce qui la caractérisa durant 200 ans : l'exploitation des esclaves et du sucre. À la fin du 16ième siècle, quelques 30.000 Portugais et 20.000 esclaves originaires d'Afrique vivaient dans des villes côtières isolées. Le Pernambuco et Bahia possédait la majorité des 200 plantations de canne à sucre. Dans les années 1550, les planteurs les plus aisés commencèrent à acheter des esclaves africains. Les Africains résistaient mieux aux conditions de travail et aux maladies européennes qui décimaient les Amérindiens plus rapidement que les armes portugaises. Le commerce triangulaire, reliant les ports européens aux côtes africaines puis à celles des Amériques, s'instaura : des êtres humains furent déportés d'Afrique, puis échangés contre du sucre, du rhum ou du tabac, autant de produits rapportés en Europe qui permettaient d'acheter des armes et des articles de luxe. Au début des années 1600, quelques 1.500 esclaves arrivèrent chaque année. Entre 1550 et 1888, 3,5 millions d'Africains ont ainsi été déportés au Brésil, soit 38% du contingent arrivé sur le continent américain.

Le Portugal n'était pas un pays surpeuplé. De plus la stabilité de la société portugaise ne suscita pas d'exode massif, tel qu'en connurent d'autres pays comme l'Angleterre. Les colons émigrèrent de leur propre volonté, dans l'espoir de s'enrichir. Même les Blancs les plus pauvres possédaient un esclave ou deux.

Commerce triangulaire XVI - XIXe S
Commerce triangulaire XVI - XIXe S
Os Bandeirantes - peinture 1889
Os Bandeirantes - peinture 1889
Bandeirante Paulista - 1903
Bandeirante Paulista - 1903

>> LES BANDEIRANTES, L'EXPLOITATION DU BRÉSIL INTÉRIEUR, LA RUÉE VERS L'OR

Au cours des 17ième et 18ième siècles, les bandeirantes (groupes d'aventuriers errants, hommes de terrains) explorèrent l'intérieur des terres pour reconnaître de nouveaux territoires. Ils pénétrèrent loin vers l'ouest, en remontant les voies d'eau et s'attaquèrent aux missions jésuites pour réduire les Indiens en esclavage. Les jésuistes en fondant São Paulo, avaient déjà entamé la conquête de l'intérieur du pays afin d'évangéliser les indigènes.
Les bandeirantes deviendront chercheurs d'or et de pierres précieuses au 18ième siècle, après la découverte de l'or dans le Minas Gerais, à Ouro Preto (1694), dans le Mato Grosso (1718) et dans le Goiás (1725). Commence alors "le cycle de l'or", le pôle de développement se déplaçant vers le sud-est et Rio de Janeiro. La ville de Rio de Janeiro découverte en 1502, prit de l'importance avec la construction d'une route la reliant vers les mines d'or et de diamants dans la région voisine du Minas Gerais. Rio de Janeiro devint un site portuaire plus utile pour l'exportation des richesses que Salvador de Bahia. Aussi, c'est pour des raisons logistiques que l'administration coloniale portugaise s'établit en 1763 à Rio qui devint la capitale du Brésil à la place de Salvador de Bahia.

>> LE XIXème SIÈCLE - L'INDÉPENDANCE DU BRÉSIL ET L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

En novembre 1807, alors que l'armée de Napoléon Ier marchait sur Lisbonne, le prince-régent du Portugal Jean VI, appareillait pour le Brésil accompagné par 15.000 personnes de sa cour. La famille royale portugaise et la plupart des nobles de Lisbonne fuirent au Brésil et s'installèrent à Rio de Janeiro. La capitale du Royaume Portugais est donc transférée de Lisbonne à Rio de Janeiro, qui devint ainsi l'unique capitale européenne située à l'extérieur du continent. La ville devient alors une vraie petite capitale européenne, se couvrant de monuments et développant une grande richesse culturelle. 

L'époque passée au Brésil ouvrit les ports commerciaux au marché britannique et éleva le Brésil au statut de Royaume Uni à la courrinne du Portugal. En effet, Dom Jean VI succomba au charme du Brésil, il aurait dû retourner au Portugal après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815, mais il n'en fit rien. Il fit de Rio de Janeiro la capitale du Royaume Uni du Portugal, du Brésil et de l'Algarve. Cinq ans plus tard, en 1820, le souverain céda aux pressions politiques et regagna le Portugal, laissant sur place son fils Pedro, le prince-régent qui proclama l'Indépendance du Brésil en 1822. Ainsi, sans que soit versée une goutte de sang, le Brésil se rendit indépendant de sa métropole et devint une Monarchie Constitutionnelle.

La couronne resta dans les mains de la maison royale de Bragance. En 1831, sous la pression des élites propriétaires, l'Empereur Pierre Ier abdique en faveur de son fils, alors âgé de 5 ans. Pierre II s'engagea dès les années 1850 à lutter contre l'esclavage, dont il interdit l'importation. La culture du café prit de l'ampleur et augmenta l'importance des propriétaires terriens, notamment ceux de São Paulo. Le caféier joua un rôle prépondérant dans l'économie, les fazendas (fermes) se développèrent dans le Sud-Est et le Brésil devint un grand exportateur de café. Sous son règne, Rio profita de développements majeurs en matière de gaz, de plomberie, de barrages hydroélectriques, de téléphone et de télégraphe.

Continuant à lutter contre l'esclavagisme, l'Empire proclama en 1871 que les enfants d'esclaves seraient désormais libres à la naissance. En 1888, l'esclavage est aboli, la Princesse Isabelle fille de Pierre II, que beaucoup de Noirs considèraient comme leur bienfaitrice, promulga la Loi "Áurea", la Loi d'Or. Mais cette mesure souleva la résistance des propriétaires terriens qui s'engagèrent dans une lutte armée pour renverser le régime. 

La libération des esclaves entraîna une importante migration depuis les campagnes vers les villes. La première favela (bidonville en français) de Rio de Janeiro fut construite sur les hauteurs du Morro da Providência. Ses habitants étaient pour la plupart des militaires noirs qui s'étaient battus pour leur liberté à Salvador de Bahia et qui tentèrent de profiter des opportunités qu'offrait Rio de Janeiro.